La France dit respecter le droit international, et vend des armes dans des zones de conflit actif. Elle sanctionne la Russie, et est son premier client de gaz naturel liquéfié en Europe. Elle prône la réciprocité commerciale avec les États-Unis, et subit les tarifs sans répondre. Elle connaît sa dépendance à la Chine, et tarde à diversifier.
Le problème n'est pas l'absence de positions. C'est l'absence de cohérence entre les mots et les actes. La crédibilité internationale de la France en dépend.
Moyen-Orient : appliquer le droit international sans exception
Le bilan humain et les obligations juridiques
Entre 72 000 et 75 000 morts à Gaza selon les chiffres officiels palestiniens repris par les agences de l'ONU (mars 2026). Les estimations incluant les décès indirects, par la faim et les maladies, atteignent entre 100 000 et 126 000 selon l'Institut Max Planck et The Lancet. 70 à 80 % de civils parmi les victimes selon l'ONU.
En juillet 2024, la Cour internationale de Justice a déclaré l'occupation israélienne des territoires palestiniens illégale et posé une obligation pour tous les États : ne pas reconnaître cette situation et ne pas prêter assistance à son maintien. La France est signataire des Conventions de Genève de 1949, qui interdisent les punitions collectives et la destruction de biens civils.
La contradiction française
La France a reconnu l'État de Palestine en septembre 2025, dans une vague coordonnée avec 16 autres pays de l'Union européenne. Dans le même temps, elle a autorisé 387,8 millions d'euros de licences d'exportation d'armement vers Israël en 2024, soit plus du double de l'année précédente.
D'autres pays européens ont fait un choix différent : l'Espagne a formalisé un embargo complet, l'Allemagne a fortement réduit ses autorisations entre janvier et août 2024 (14,5 millions d'euros, contre 326,5 millions en 2023). Les autorisations ont repris au second semestre 2024 sous Friedrich Merz. La France, elle, n'a jamais ralenti. Elle est en retard, pas en avance.
- Appliquer les décisions de la Cour internationale de Justice : elles engagent juridiquement la France
- Suspendre les ventes d'armes vers les zones de conflit actif tant que le droit international humanitaire n'est pas respecté
- Soutenir la compétence de la Cour pénale internationale sans exception
- Reconstruire le rôle de médiateur de la France et augmenter l'aide humanitaire directe à Gaza et au Liban via les agences de l'ONU
La France ne peut pas reconnaître la Palestine un jour et autoriser 387,8 millions d'euros de ventes d'armes le lendemain. Ce n'est pas une question d'opinion. C'est une question de cohérence avec le droit international dont la France est signataire et garante.
Commerce : l'Europe a les moyens de négocier d'égal à égal
L'UE exporte 200 milliards de plus que les États-Unis en biens. Les entreprises européennes emploient environ 5 millions d'Américains. 56 % de tout l'investissement étranger aux États-Unis vient d'Europe. La dépendance est mutuelle. Mais l'UE ne se sert pas de son levier, alors que les États-Unis utilisent le leur avec des tarifs, des sanctions et le Cloud Act (loi américaine permettant aux autorités d'accéder aux données stockées par des entreprises américaines, même en Europe).
Depuis avril 2025, les États-Unis ont imposé 20 % sur toutes les importations européennes, ramené à 15 % par l'accord de Turnberry de juillet 2025. L'acier reste à 15 %. L'aéronautique (Airbus) a obtenu une exemption. Le luxe, les vins et l'automobile restent exposés.
La politique commerciale est une compétence exclusive de l'Union européenne : la France ne peut pas imposer seule des droits de douane. Elle doit agir via le Conseil et la Commission. C'est pourquoi le levier européen est essentiel.
- Défendre la réciprocité dans l'accès aux marchés : si les États-Unis protègent leurs marchés publics depuis des décennies avec le Buy American Act (loi américaine imposant d'acheter américain dans les marchés publics), l'UE doit faire de même
- Diversifier les débouchés commerciaux vers l'Inde (accord signé janvier 2026), l'Afrique subsaharienne et l'Asie du Sud-Est (Association des nations de l'Asie du Sud-Est, ASEAN) : le potentiel est immense mais peu exploité
- Soutenir les PME et les entreprises de taille intermédiaire à l'export, pas seulement les grands groupes
Chine et Taïwan : vigilance et réduction des dépendances
Taïwan produit environ 90 % des puces électroniques avancées de moins de 10 nanomètres. Le détroit de Taïwan représente 20 à 25 % du commerce maritime mondial. La pénurie de semi-conducteurs de 2020-2022, qui n'était qu'une perturbation partielle, a coûté plus de 100 milliards d'euros au seul secteur automobile européen, avec des usines Stellantis et Renault fermées pendant des semaines.
La France importe 58 milliards d'euros de Chine et exporte 24 milliards. Déficit : 34 milliards, en creusement. La Chine contrôle 60 % de la production mondiale de terres rares et 90 % de leur raffinage, ainsi qu'environ 80 % des principes actifs pharmaceutiques importés en Europe.
- Défendre le statu quo et la stabilité dans le détroit de Taïwan, maintenir les libertés de navigation
- Renforcer le partenariat technologique UE-Taïwan sur les semi-conducteurs et accélérer le programme européen de production de puces
- Exiger la réciprocité dans l'accès aux marchés : la Chine bloque les entreprises européennes chez elle, nous devons pouvoir bloquer les siennes chez nous
- Maintenir les droits compensatoires sur les véhicules électriques chinois pour protéger l'industrie automobile européenne
La Chine teste les limites de ce que les démocraties acceptent, comme la Russie l'a fait avant 2022. La naïveté a un coût.
La Chine est un partenaire commercial. Pas un allié. On commerce, on dialogue, mais on ne dépend pas.
Russie et Ukraine : cohérence entre les mots et les actes
La France est devenue le premier importateur européen de gaz naturel liquéfié russe. 39 % du gaz naturel liquéfié (GNL) russe importé dans l'UE passe par la France, dont 27 % par le seul terminal de Dunkerque. L'UE a réduit sa dépendance au gaz russe de 45 % à 13 % depuis le début de la guerre. La France a fait le contraire : elle a augmenté ses achats de 81 % en 2024.
L'interdiction est désormais votée : contrats courts à partir d'avril 2026, contrats longs à partir de janvier 2027. La question est pourquoi il a fallu attendre 4 ans et 19 paquets de sanctions pour y arriver.
Sur la défense : la France va dépenser 413 milliards d'euros sur 7 ans. La défense est passée de 3,5 % du PIB dans les années 60 à 1,7 % en 2017 : on rattrape maintenant dans l'urgence. Mais pendant ce temps, on a aussi supprimé 45 500 lits d'hôpital, laissé les salaires enseignants décrocher de 42 % par rapport à l'Allemagne, et rempli les prisons à 137 % de leur capacité.
Ce n'est pas défense ou services publics. C'est un faux dilemme. On a sous-investi dans les deux pendant 30 ans. Le vrai problème est de financer le rattrapage sur tous les fronts sans reproduire l'erreur des décennies précédentes.
- Soutien à l'intégrité territoriale de l'Ukraine et refus de toute annexion par la force, aide militaire défensive tant que nécessaire
- Accélérer la sortie du gaz naturel liquéfié russe : on ne peut pas sanctionner la Russie et financer sa machine de guerre avec nos factures de chauffage
- Proposer une conférence de paix européenne à format inclusif, avec des garanties de sécurité pour l'Ukraine dans tout accord futur
On sanctionne la Russie et on est son premier client de gaz naturel liquéfié en Europe. Chaque facture de chauffage finance la guerre en Ukraine.