45 % des Français estiment aujourd'hui que leur pouvoir d'achat leur permet seulement de couvrir leurs besoins essentiels, ou ne leur permet pas de les couvrir (Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, rapport du Groupe d'experts SMIC 2025). C'est trois points de plus qu'un an auparavant. Le pouvoir d'achat est redevenu la première préoccupation quotidienne des Français.
La droite propose de baisser les taxes sur le carburant : cela coûte des milliards à l'État et économise 30 à 50 euros par mois aux ménages. La gauche propose d'augmenter les salaires : c'est long, incertain, et cela dépend des entreprises.
Notre approche est différente : débloquer les aides qui existent déjà, mettre fin aux frais abusifs, et rééquilibrer le partage des marges sur les postes de dépense incompressibles des ménages. Des mesures concrètes, sourcées, et applicables sans réforme de fond.
Des aides existantes qui ne sont pas versées
Des milliards d'euros d'aides existent chaque année et ne sont pas versés à des personnes qui y ont pourtant droit. Non pas parce qu'elles n'y ont pas droit, mais parce que les démarches sont incompréhensibles, les délais de traitement de plusieurs mois, et la honte associée au fait de demander.
| Aide | À qui | Montant (au 1er avril 2025) | Bénéficiaires (juin 2025) | Non-recours |
|---|---|---|---|---|
| RSA | Personnes sans ressources ou à très faibles revenus (à partir de 25 ans, ou 18-24 sous conditions) | 651,69 €/mois (personne seule) | 1,85 million de foyers | 34 % par trimestre, 20 % durablement (DREES, données 2018) |
| Prime d'activité | Travailleurs à faibles revenus (complément de salaire) | 638,28 € par mois (personne seule) | 4,69 millions de foyers | Non chiffré officiellement (la DREES précise qu'elle ne peut pas produire un taux fiable) |
| AAH (Allocation adulte handicapé) | Adultes en situation de handicap reconnu | 1 041,59 €/mois maximum | 1,37 million | Non chiffré officiellement |
| APL et autres aides au logement | Locataires modestes, étudiants, familles, personnes hébergées | Variable selon zone, loyer et ressources | 5,53 millions de foyers | Non chiffré officiellement |
| ASPA (ex minimum vieillesse) | Personnes de 65 ans et plus (62 en cas d'invalidité) à très faibles ressources | ~1 034 €/mois (personne seule) | ~692 000 (fin 2022) | 50 % chez les personnes seules de 65+ (DREES, données 2016) ; jusqu'à 77 % quand le montant attendu est inférieur à 100 €/mois |
| ASS (Allocation de solidarité spécifique) | Demandeurs d'emploi en fin de droits ayant travaillé au moins 5 ans dans les 10 dernières années | 584,40 €/mois | 277 700 (mai 2025) | Non chiffré officiellement |
| CSS (Complémentaire santé solidaire, ex CMU-C) | Personnes à faibles revenus, pour avoir une mutuelle sans avance de frais | Gratuite ou ~8 à 30 €/mois selon l'âge | ~7,2 millions (2023) | ~31 % pour la complémentaire santé solidaire gratuite, jusqu'à 66 % pour la complémentaire santé solidaire avec participation (rapport annuel C2S 2021) |
| ARS (Allocation de rentrée scolaire) | Familles modestes avec enfants scolarisés de 6 à 18 ans | 423 à 462 € par enfant et par an selon l'âge | ~3 millions de familles | Très faible : versement majoritairement automatique aux familles qui touchent déjà des aides de la CAF |
| Chèque énergie | Ménages modestes pour payer leurs factures d'énergie | 48 à 277 € (moyenne ~153 €) par an | ~4,5 millions de ménages | Estimation : ~20 % de chèques émis non utilisés avant 2025 |
Le scandale silencieux du minimum vieillesse
Une personne âgée seule sur deux qui aurait droit au minimum vieillesse ne le demande pas. C'est la DREES qui l'écrit, dans son étude sur le non-recours au minimum vieillesse : 321 200 personnes vivent sous le seuil du minimum vieillesse (ASPA) sans le toucher, pour un manque à gagner moyen de 205 € par mois. Et plus le montant attendu est faible, plus le non-recours est massif : 77 % de non-recours quand l'allocation attendue est inférieure à 100 € par mois. Ce sont des retraités qui renoncent à leurs droits pour quelques dizaines d'euros, par méconnaissance, par honte, ou parce que la démarche est trop lourde. Le coût budgétaire estimé du non-recours à la seule ASPA est de 1,09 milliard d'euros par an.
Au-delà des aides où le non-recours est officiellement chiffré (RSA, ASPA, CSS), plusieurs prestations majeures (AAH, APL, ASS, prime d'activité) n'ont pas de taux de non-recours publié par la DREES. Les estimations associatives convergentes (Secours catholique, observatoire spécialisé dans le non-recours) chiffrent le non-recours total, toutes prestations confondues, à environ 10 milliards d'euros par an. Aucun rapport public ne consolide officiellement ce chiffre, mais l'ordre de grandeur est cohérent avec les rares chiffres disponibles : 3 milliards d'euros pour le seul RSA, plus 1 milliard pour la seule ASPA.
Ce qui a changé et ce qui manque encore
Depuis mars 2025, les déclarations de revenus pour la CAF (Caisse d'allocations familiales) et la MSA (Mutualité sociale agricole, pour les agriculteurs et salariés agricoles) sont pré-remplies automatiquement. 6 millions de bénéficiaires sont concernés. C'est un progrès.
Mais il faut toujours valider la déclaration. La demande initiale reste obligatoire. Ce n'est pas un versement automatique.
- Instaurer le versement automatique des aides sans aucune demande ni validation : l'État croise déjà les données fiscales, de la CAF et de la Sécurité sociale. Le même mécanisme qui a permis le prélèvement à la source en 2019 peut fonctionner dans l'autre sens
- Pour les cas complexes : envoyer une notification proactive ("Vous êtes éligible à cette aide") plutôt que d'attendre que la personne s'en rende compte seule
Le pouvoir d'achat, ce n'est pas qu'une question de salaires. C'est aussi une question d'aides non versées.
Frais bancaires : ceux qui ont le moins paient le plus
En France, chaque opération effectuée sans provision suffisante est facturée 8 euros par la banque au client. Pas des intérêts : des frais fixes. C'est un système propre à la France, qui n'existe ni au Royaume-Uni ni en Allemagne où les découverts sont gérés par des taux d'intérêt.
| Situation | Client standard | Client "fragile" (offre protégée) |
|---|---|---|
| Frais par opération en débit | 8€ | 4€ |
| Plafond mensuel | 80€ (960€/an possible) | 20€ |
| Plafond annuel | Aucun | 200€ |
Fin 2024, 4,6 millions de clients sont identifiés en situation de fragilité financière par les banques (chiffre Observatoire de l'inclusion bancaire, Banque de France). Seulement 1,1 million bénéficient effectivement de l'offre protégée, soit environ trois quarts des personnes fragiles non couvertes. La même année, les 5 grandes banques françaises (BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, BPCE, Crédit Mutuel) ont dégagé un résultat net cumulé d'environ 32,3 milliards d'euros.
Ce que nous proposons
Au Royaume-Uni, l'autorité financière a plafonné les frais de découvert pour tout le monde en 2020 : 1 milliard de livres d'économies pour les consommateurs, 7 usagers sur 10 mieux lotis ou inchangés après la réforme.
- Instaurer un plafond universel de 25 euros par mois sur les frais d'incidents bancaires pour tous les clients, sans démarche ni étiquette "fragile"
- Pourquoi universel : les critères actuels sont complexes, stigmatisants et mal appliqués. 75% des personnes en difficulté ne sont pas protégées. La solution simple c'est de protéger tout le monde
Pourquoi faut-il prouver qu'on est pauvre pour être protégé ? On plafonne pour tout le monde. C'est plus simple et plus juste.
Alimentation : qui a capté la valeur en 2023 ?
L'observatoire public des prix alimentaires (FranceAgriMer) constate dans son rapport au Parlement 2024 que « les marges brutes aval qui avaient été comprimées ou étaient restées stables en 2022 ont, pour la plupart, progressé en valeur en 2023, pour atteindre parfois un niveau supérieur à ceux observés sur la période récente » (p. 95).
Le cas le plus parlant est celui de la baguette : en 2023, le prix du blé tendre nécessaire à la fabrication d'une baguette est passé de 405 € à 290 € la tonne (une chute de près de 28 %). Pourtant, sur la même année, les marges des intermédiaires (meunerie et boulangerie) se sont reconstituées à un niveau supérieur à ceux observés depuis 2017 (observatoire public des prix alimentaires, 2024, p. 95). En viande bovine, l'observatoire public des prix alimentaires observe également que « les marges brutes de la grande distribution augmentent pour atteindre un niveau supérieur à celui observé depuis 2016 » (p. 95).
Cet observatoire public est, par construction, factuel : il ne formule pas de recommandations et ne porte pas de jugement sur le niveau des marges. Mais il documente, année après année, qui capte la valeur dans la chaîne alimentaire. Et en 2023, ce n'est ni l'agriculteur ni le consommateur.
- Rendre obligatoire la transparence sur les marges de l'industrie agroalimentaire et de la grande distribution : l'observatoire public des prix alimentaires le demande dans ses rapports annuels, sans obtenir de réponse contraignante
- Instaurer un bouclier alimentaire : TVA à 0 % sur les 50 produits de première nécessité. Le droit européen (directive du 5 avril 2022) ouvre cette faculté aux États membres, certaines dispositions étant applicables depuis le 1er janvier 2025. Une mesure équivalente a été adoptée en première lecture à l'Assemblée nationale le 20 novembre 2025 dans le cadre du budget 2026, sans entrer en vigueur (la partie budgétaire a été rejetée au Parlement)
Énergie : un système qui a coûté très cher à EDF et aux ménages
Pendant quatorze ans (2011-2025), le mécanisme ARENH (accès régulé à l'énergie nucléaire, qui obligeait EDF à vendre son électricité nucléaire à bas prix à ses concurrents) a obligé EDF à vendre chaque année jusqu'à 100 TWh (térawattheures) de sa production nucléaire à 42 € le mégawattheure (prix fixé en 2012, jamais révisé) à des fournisseurs alternatifs, qui la revendaient ensuite aux ménages et aux entreprises. Quand les prix de marché ont explosé en 2022, certains de ces revendeurs ont préféré faire fuir leurs clients pour revendre l'électricité ARENH au prix fort sur le marché de gros. La Cour des comptes, dans son rapport sur le modèle économique d'EDF de septembre 2025, a chiffré à 5,3 milliards d'euros le manque à gagner cumulé pour EDF sur la période 2011-2020 (p. 37). Sur la même période, le prix de l'électricité encadré par l'État a connu une hausse cumulée d'environ 72 % entre 2011 et son pic de février 2024 (Commission de régulation de l'énergie, CRE), avant une baisse de 19,9 % au 1er février 2025.
À ces pertes ARENH s'ajoute, pour la seule année 2022, une crise distincte : les pannes massives du parc nucléaire (corrosion sous contrainte) ont contraint EDF à acheter environ 60 TWh sur les marchés de gros à un prix moyen de 441 € le mégawattheure pour honorer ses livraisons, soit un coût de 26,5 milliards d'euros (Cour des comptes, p. 71). Les deux phénomènes se sont combinés pour fragiliser durablement les comptes du groupe.
Le cas Ohm Énergie illustre l'abus le plus emblématique : ce fournisseur achetait son électricité ARENH à 42 € le mégawattheure, la revendait à ses clients à environ 166 €, puis a délibérément augmenté ses prix de détail en septembre 2022 pour pousser ses clients à résilier, afin de pouvoir revendre l'électricité libérée sur le marché de gros à 300-700 € le mégawattheure. Sa marge brute est passée de quelques milliers d'euros à 44,3 millions d'euros sur 2021-2022. Le régulateur de l'énergie (Commission de régulation de l'énergie, CRE) l'a sanctionné le 11 juillet 2024 d'une amende de 6 millions d'euros, première sanction prononcée pour abus du droit ARENH.
Le problème de fond : selon la Cour des comptes (p. 29-30 et 70), le coût de fonctionnement du parc nucléaire d'EDF est inférieur à 45 € le mégawattheure, et son coût total (en incluant les investissements) autour de 55 €. Le ménage français paie pourtant son électricité l'équivalent de plusieurs centaines d'euros le mégawattheure, en raison de la superposition des coûts de réseau (Enedis et RTE, Réseau de Transport d'Électricité), des taxes (TVA, accise, contribution tarifaire d'acheminement (CTA) qui finance les retraites des agents EDF et Enedis, contribution de capacité) et des mécanismes de marché. L'énergie elle-même ne représente qu'environ un tiers de la facture finale.
- Exiger de tout fournisseur d'énergie qu'il prouve qu'il peut approvisionner ses clients avant de leur vendre quoi que ce soit : si vous vendez de l'électricité à 100 000 personnes, vous devez disposer des garanties d'approvisionnement pour le garantir
- Mettre en place un prix garanti et stable (mécanisme dit « contrat pour différence ») : l'État et EDF fixent un prix de référence stable, calé sur le coût total du parc nucléaire (autour de 55 € le mégawattheure selon la Cour des comptes), et si le marché monte au-dessus, la différence est redistribuée aux consommateurs. Pas de flambée à gérer, pas besoin de taxer après coup. C'est l'esprit de ce que recommandait le Sénat en juillet 2024
- Maintenir le prix de l'électricité encadré par l'État pour les ménages et PME tant que le prix garanti et stable et la transparence sur les prix ne sont pas en place
- Baisser la taxe sur l'électricité, supérieure à la moyenne européenne. L'Allemagne l'a baissée. La France l'a augmentée
- Obliger la décomposition lisible sur chaque facture : production, réseau, taxes, marge. Un consommateur doit pouvoir comprendre ce qu'il paie
Pendant quatorze ans, l'ARENH a contraint EDF à vendre son nucléaire à 42 € à des intermédiaires qui ne produisaient rien. La Cour des comptes chiffre le manque à gagner à 5,3 milliards d'euros sur 2011-2020. Ce mécanisme a pris fin en décembre 2025 ; il faut maintenant garantir que le nouveau cadre ne reproduise pas les mêmes dérives.