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Chantier n°15

Travail, emploi et retraites

Sortir de la précarité, protéger ceux qui travaillent, garantir une retraite digne

>80 %des nouvelles embauches en CDD, dont 88 % durent moins d'un mois
2,5 Mde salariés en burn-out sévère. 1 700 reconnus en maladie professionnelle.
0 ande retraite en bonne santé pour un ouvrier partant à 64 ans

Le travail devrait permettre de vivre dignement, pas de survivre. On ne construit pas une vie sur des contrats de quelques jours. On ne mérite pas zéro année de retraite en bonne santé après 45 ans de chantier. Les solutions existent : l'Espagne a divisé sa précarité par deux en deux ans, la Californie a réduit le burn-out infirmier par la loi, la Suède a un système de retraites qui s'équilibre automatiquement.

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En finir avec la précarité

Plus de 80 % des nouvelles embauches sont en CDD. 88 % de ces contrats durent moins d'un mois. 21,5 millions de CDD ont été signés en 2024. En CDD, il est impossible d'obtenir un crédit immobilier, de se projeter, de planifier sa vie. Les cotisations retraite s'accumulent par fragments. Le CDI recule depuis plusieurs trimestres.

Ce que l'Espagne a fait en 2022

En 2022, l'Espagne a réformé son marché du travail : les CDD ont été restreints à deux seuls motifs (remplacement d'un absent ou pic temporaire de production), le CDI de chantier a été supprimé, et un nouveau contrat dit "fixe discontinu" a été créé, donnant aux saisonniers la sécurité d'un CDI tout en maintenant la flexibilité pour l'employeur. Résultat : le taux de contrats temporaires est passé de 29,7 % à 15,9 % en deux ans. Le chômage est tombé sous les 3 millions, son niveau le plus bas depuis 2008.

Un effet pervers a toutefois été identifié en 2025 : les licenciements en période d'essai ont quadruplé, certains employeurs contournant la loi en embauchant en CDI puis en rompant rapidement. C'est pourquoi la mesure doit être accompagnée d'un renforcement du coût du licenciement abusif.

L'Espagne a divisé sa précarité par deux en deux ans. Pas avec des discours, avec une loi. On peut faire pareil.
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Protéger ceux qui travaillent

2,5 millions de salariés sont en burn-out sévère (baromètre Empreinte Humaine / OpinionWay, 2022). Environ 1 700 cas d'affections psychiques liées au travail sont reconnus comme maladie professionnelle chaque année (Assurance Maladie, données 2022). Le seuil d'incapacité permanente requis pour cette reconnaissance est fixé à 25 %, ce qui est quasiment impossible à atteindre pour une maladie psychologique.

Tout existe déjà sur le papier. Le document unique d'évaluation des risques professionnels est obligatoire depuis 2001 : la plupart des petites et moyennes entreprises n'en ont pas. Le droit à la déconnexion existe depuis 2017 sans aucune sanction. L'inspection du travail a perdu environ un quart de ses effectifs depuis 2010. Le burn-out n'est pas une faiblesse personnelle. La recherche montre que les interventions sur l'organisation du travail (charge, effectifs, management) sont plus efficaces que les approches individuelles.

Sécurité au travail : 764 morts en 2024

764 personnes sont mortes dans un accident du travail en 2024, un record (Assurance Maladie, rapport annuel 2025). 550 000 accidents au total, soit environ 2 morts par jour ouvré. La plupart n'aboutissent à aucune poursuite pénale.

Par ailleurs, la suppression de l'exonération fiscale des heures supplémentaires, documentée comme inefficace, est traitée dans la fiche Fiscalité (axe 3).

2,5 millions de salariés en burn-out sévère. 1 700 reconnus en maladie professionnelle. 764 morts au travail en 2024, un record. Faites le calcul.
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Une retraite digne

Ce que les chiffres disent vraiment

Les ressources du système de retraites représentent 13,9 % du PIB en 2024, projetées à 13,8 % en 2030 et 12,8 % en 2070. Le système ne dérape pas, il se stabilise puis diminue en part du PIB. Le solde de l'ensemble des régimes de retraite (base et complémentaires) est de -1,7 milliard d'euros en 2024, soit -0,1 % du PIB. Déficit modéré, conforme aux projections. À horizon 2030-2035, le déficit reste entre 0,2 et 0,8 % du PIB selon les scénarios (Conseil d'orientation des retraites, rapport annuel juin 2025). Le président du Conseil d'orientation des retraites l'a dit devant l'Assemblée nationale en 2023 : les dépenses de retraite ne dérapent pas. C'est un ajustement, pas une catastrophe.

La réforme de 2023, qui a reculé l'âge légal de départ à 64 ans, est structurellement injuste. Un cadre supérieur a une espérance de vie en bonne santé d'environ 68-70 ans, soit 4 à 6 ans de retraite en bonne santé à 64 ans. Un ouvrier du bâtiment a une espérance de vie en bonne santé d'environ 58-60 ans : zéro année de retraite en bonne santé à 64 ans. De plus, la réforme de 2017 avait supprimé quatre des dix critères de pénibilité, exactement ceux du bâtiment et de l'industrie (charges lourdes, postures contraignantes, vibrations, produits chimiques).

Ouvrier du bâtimentCadre supérieur
Espérance de vie en bonne santé~58-60 ans~68-70 ans
Retraite à 64 ans0 an en bonne santé4 à 6 ans en bonne santé

Comment financer le retour à 62 ans

Le déficit est estimé entre 5 et 10 milliards d'euros par an à horizon 2030, et pourrait atteindre 15 à 20 milliards vers 2040-2045 si rien n'est fait (COR, Cour des comptes février 2025). Trois leviers complémentaires permettent de le combler sans augmenter l'âge de départ.

Cette contribution s'ajoute à la flat tax progressive sur les revenus du capital (voir fiche Fiscalité, axe 2).

Un ouvrier qui part à 64 ans a zéro année de retraite en bonne santé. Un cadre en a six. La réforme punit ceux qui ont le plus travaillé.